La boucle est bouclée !

Samedi 9 mai

Nous vous laissions lors du dernier article en Corse en plein suspens avant cette période trouble du Cocorona. Sur l’ile le temps s’écoulait de manière incongrue pour nous. La date fatidique du 4 mai approchant, il a bien fallu préparer le retour, Julian devant reprendre le travail.
Après moult tergiversations et péripéties, voilà donc le récit de notre retour.
Nous coulions des jours heureux à Eccica-Suarella, près d’Ajaccio, chez Estelle, David et Louisa, alternant bricolage, cuisine, baby-sitting, tri de photos, cueillette des asperges sauvages et de l’ail des ours, ou encore ballades à la rivière (tout ça dans le kilomètre alentour réglementaire!), quand soudain, il a fallu se rendre à l’évidence : il fallait rentrer !


15 jours avant sa reprise, Julian reprend enfin contact avec son entreprise pour organiser le retour. Après plusieurs échanges de mails, d’autorisations de déplacement entre son travail, la compagnie de bateau et la préfecture de Corse, nous pouvons enfin nous présenter à l’embarquement. Ouf, on a eu chaud, la confirmation de la préfecture de Corse arrive la veille du départ…
Nous pouvons donc plier bagages, remplir de nouveau toutes les sacoches, trier les affaires d’Apolline qui a bien grandi et hériter d’une nouvelle garde-robe estivale pour elle. En quasi 2 mois, on avait eu le temps de s’installer un peu !
Le 28 Avril, 15h, nous nous installons à bord de la clio surchargée pour nous rendre au port. Le départ est émouvant, Apolline et Louisa se font de gros câlins.

Nous arrivons au port, l’embarquement se passe sans problèmes, nous pouvons rejoindre notre cabine vers 16h, où nous devrons rester pour toute la durée du trajet.

On a prévu les casse-croûtes. On passe le temps en faisant des acrobaties avec Apolline.

On profite de la télé en Français pour écouter notre cher premier ministre et finir par un documentaire animalier, somme toute bien plus intéressant !

Puis l’heure du dîner approche. A 20h30, ça commence à tanguer un peu, tout le monde au dodo !
Le réveil à 6h du mat’ par la petite voix du commandant est compensé par la lumière rosée du levé du jour sur les iles de Marseille (oui, avec un hublot, c’est quand-même chouette).

7h, débarquement au port de Marseille, on roule jusqu’à la gare. 8h, ça y est nous y sommes, bon, ben notre train est à 14h, on attend sur les marches de l’esplanade de la gare, il n’y a pas grand monde, quelques joggeurs qui viennent faire leur footing et monter-descendre les marches plusieurs fois d’affilée, et nous, en train de manger nos céréales avec du lait, dans nos petits bols… Comme des voyageurs quoi. C’est une drôle de sensation de faire ça, on est contents parce que c’est les sensations du voyage, manger n’importe où, avec nos vélos garés juste à côté, c’est trop cool, mais en même temps, on sait qu’on n’a pas trop le droit de faire ça en ce moment, et puis où aller ? On essaie de faire attention où on pose les affaires, ce qu’on touche… mais au bout d’un moment, on se rend à l’évidence : on ne peut pas empêcher Apolline de toucher le sol avec les mains, nous sommes dans les escaliers, elle a envie de jouer, grimper, sauter…. Et on a 6h à attendre.

Les calanques c’est par là-bas


La grande nouvelle du séjour en Corse, c’est que ça y est Apolline est PROPRE ! plus de couches en journée ! On peut enfin utiliser notre petit pot pliant que l’on trimballe depuis la Grèce. Ça fait des situations cocasses. Là, on a eu droit à un caprice pour installer le pot juste à côté des ouvriers qui étaient en train de réparer le lampadaire. Un peu gênés, nous lui expliquons que non, on ne peut pas faire pipi juste à côté des gens et leur montrer ses fesses. Après plusieurs minutes de hurlements, nous arrivons finalement à lui faire faire pipi un peu plus loin, sous le regard amusé des-dits ouvriers… ça nous a quand-même bien fait rire. On avait rêvé pendant tout le voyage de pouvoir arrêter les couches et passer au pot, mais finalement on se rend compte que c’était bien plus pratique et que ça aurait été galère de devoir s’arrêter en urgence n’importe où pour faire un petit pipi, ouvrir la chariote, la détacher, enlever toutes les épaisseurs de vêtements quand il fait froid… Bref, là encore, le timing des événements a été parfait !


Nous pique-niquons à la gare puis le TGV nous emmenant à Lyon est enfin annoncé.
C’est l’heure du grand démontage: les vélos sont acceptés comme bagage, c’est-à-dire dans un sac, démontés. Qu’à cela ne tienne, c’est parti ! On enlève toutes les sacoches, les 2 roues, les portes bagages, et on emballe tout ça dans de vieux draps empruntés à Estelle et David. Nous passons les contrôles sans encombre et prenons un petit coup de chaud pour tout charger dans le TGV, où déjà pas mal de places sont occupées par les bagages. Nous plions aussi la chariote et c’est parti pour 1h50 jusqu’à Lyon ! Apolline s’endort 10 min avant l’arrivée.


A Lyon Part-Dieu, rebelotte pour la session bricolage, on remonte les 2 vélos, sacoches et tout, en faisant bien attention de ne perdre aucune vis. Les 50 minutes de correspondance n’auront pas été de trop pour tout remonter, recharger, et traverser la gare. On embarque une dernière fois dans le TER pour Bourgoin-Jallieu. Apolline ne se réveille qu’à l’arrivée.

On lui explique qu’on va encore rouler un peu pour aller chez tonton Emeric, ce qui la réjouit au plus haut point : enfin un tour en chariote pour de vrai ! Nous gravissons donc les 4 km qui nous séparent de notre point d’arrivée, qui était aussi notre point de départ le 6 avril 2019.

6 avril 2019


Nous retrouvons Emeric et Elisabeth en forme, et nous complètement crevés de ce transit d’environ 24h. M’enfin il reste un peu d’énergie pour une petite bière fraîche bien méritée. Et voilà !


Après une bonne nuit de sommeil, nous retrouvons nos affaires laissées dans le garage, avec plus ou moins de réjouissance. Toutes ces possessions nous apparaissent plus comme des poids que des choses qui nous rendent heureux. C’est le moment de se lancer dans un tri plus drastique qu’au départ. Nous avions déjà jeté/donné pas mal de trucs, mais on continue. Même si nous n’avons pas énormément d’affaires, après avoir passé un an avec 8 sacoches, tout cela nous semble énorme. Les questions qui nous viennent à l’esprit après un an à avoir vécu si intensément chaque instant : pourquoi garder tous ces souvenirs matériels ? Ces souvenirs ne sont-ils pas assez intrinsèquement forts pour avoir besoin de les matérialiser par des objets ? Les vrais souvenirs, les plus beaux, les plus forts, resteront, nous en sommes persuadés, avec ou sans support. Nous avons ramené peu de souvenirs physiques de cette année de voyage mais les photos seront pour sûr les plus beaux souvenirs, pas besoin de plus.
Nous repensons aussi à notre rencontre avec Serqan en Turquie chez qui nous avions passé un week-end, qui nous avait parlé de minimalisme. Il avait fait un grand tri dans sa vie. Il était en quelque sorte reparti de zéro sur le plan matériel et étudiait avec précision ses besoins avant de faire entrer un quelconque objet chez lui. Il avait le minimum, rien de plus. Cette démarche me paraissait un peu extrême quand nous en avions parlé, mais maintenant elle me fait envie. Je comprends maintenant comment toutes les possessions matérielles sont autant d’ancres pour ne pas bouger, c’est tellement lourd de responsabilités que c’est l’une des raisons qui nous empêchent de bouger, d’avancer plus vite ou plus librement dans la vie. J’espère garder ça à l’esprit assez longtemps… car oui, comme tout le monde, on a aussi envie de se faire plaisir quelques fois et de s’acheter un petit quelque chose juste pour le plaisir.


Pour en revenir à des sujets plus terre à terre, nous reprenons un petit rythme dans une nouvelle maison. Nous profitons des soirées pour raconter un peu notre voyage à Emeric et Elisabeth, ça nous permet de faire remonter certains souvenirs qui nous font plaisir. Apolline peut profiter de son tonton et de sa tatie qu’on n’a pas vu d’un moment.

Julian retrouve son frangin pour des activités hautement physiques…
… et du hockey bien sûr !


Le 4 mai arrive et Julian doit reprendre le travail, il file à Saint Priest récupérer tout son matériel informatique et (tenter de) le faire marcher, il y arrive finalement après maintes péripéties. Ça y est son poste de travail est installé dans la chambre. De mon côté, je m’occupe d’Apolline toute la journée. Pour les mamans à la maison qui nous lisent, figurez-vous que je vous admire ! C’est plus difficile de s’occuper d’un enfant à la maison qu’en voyage. Il faut trouver des occupations, alors qu’en voyage il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir, des choses à ramasser, une plage, une rivière, une aire de jeux, des cailloux, des branches et des fleurs différentes à chaque fois, des gens, des rencontres et puis le temps passé en vélo…. J’ai déjà dû vous parler de la distorsion du temps en voyage, et bien là c’est le contraire ! En voyage il se passe tellement de choses en une journée que le soir on ne sait plus si les souvenirs du matin-même font bien partie de la même journée. Là, c’est le contraire, si on a fait 3 trucs dans la journée, on est content, le temps semble passer tout doucement.


Nous vivons la situation actuelle comme une vraie distanciation sociale, alors que ce devrait être juste une distanciation physique. Pour faire simple, VOUS NOUS MANQUEZ !
Ce qui nous motivait pour le retour était l’optique de pouvoir retrouver tout le monde, passer de bons moments ensemble, danser, rigoler, discuter, alors autant vous dire que le temps commence à devenir long quand on sait en plus que la plupart d’entre vous ne sont pas loin du tout !


Bref, encore quelques jours et le périmètre de 100 km autour de chez nous sera ouvert et n’aura plus de secrets pour nous ! On se rebooste en se disant qu’on pourra quand-même voir du monde en vélo dans ce périmètre, et qu’on pourra continuer des petits pointillés de voyage, en faisant bien attention bien sûr à ne pas trimballer un petit virus dans les sacoches.
Voilà, la boucle est bouclée, notre tour d’Europe est fini, mais nous n’arrivons pas encore à l’accepter et à le réaliser. Tant qu’il n’y a pas eu de conclusion officielle, d’événement marquant le coup et refermant cette page du chapitre de notre vie, nous aurons du mal à dire que c’est déjà du passé.
Et en même temps on voit qu’en une semaine nos sujet de conversation ont changé : on parle boulot ! ça craint, le retour à la « normale » est si rapide. Nous avons passé un an à parler de plein d’autres choses, et paf ! ça y est ! fini ! On parle boulot ! et ça c’est duuur, mais ça nous permet aussi de nous dire qu’il n’y a pas de temps mort dans la vie, tel un voyage, il y a encore plein de choses à dérouler pour la suite. Quelles seront les prochaines aventures ? Les prochains projets ? les prochaines surprises ? Nous n’en savons rien encore, mais nous sommes sûrs que ce sera chouette aussi !


Voili, des bizoux à tous, et restez connectés, nous publierons encore quelques articles sur le blog. Des infos plus générales et techniques sur le voyage à vélo, comme voyager avec un enfant, comment choisir ses vêtements pour un grand voyage à vélo, le rapport au corps… ou encore d’autres choses auxquelles nous n’aurions pas encore pensé. D’ailleurs s’il y a des questions auxquelles vous voudriez avoir des réponses, n’hésitez-pas à nous les mettre en commentaire, nous nous ferons un plaisir d’y répondre !


On a aussi préparé une intéro-surprise pour voir si vous avez bien appris vos leçons cette année, c’est ici :

Quizz voyage Julian Daphné Apolline

Nous organiserons une correction collective du quizz soit en vrai soit en virtuel. Si vous êtes intéressés, répondez au quizz et/ou mettez votre nom en commentaire, nous vous contacterons pour organiser tout ça selon votre localisation.

à très bientôt !

3 réflexions sur « La boucle est bouclée ! »

  1. salut ! vous arrivez pour les 1ères sorties ! ce Week end on hésite entre Doizieux et le Bugey !
    bienvenue à vous
    Jean Michel

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  2. Catherine Krupezack 17 mai 2020 — 21 h 03 min

    2 mois en Corse comme un palier de « retour domicile fixe » y’a pire ! Comme votre petite a grandi !
    Bonne réadaptation à vous 3

    J'aime

  3. Le jeu des 7 erreurs entre la photo en partant et en rentrant : mis à part le casque qui était de travers, il n’y en a pas trop, vos bagages semblent revenir en parfait état, vous n’avez pas trop vieilli (sauf la pauvre apolline). Par contre votre musculature, quel changement !
    Vous revenez avec mille souvenirs, et ça c’est plus que génial après un voyage comme ça
    Je partage votre réflexion sur tout le superflu que nous avons. Suite à mon premier long voyage, j’avais eu la même démarche en revendant tout le mobilier de mon appartement et en louant un meublé mais ensuite j’ai acheté un appart et j’ai racheté d’occaz de quoi le meubler. Effectivement, je vous rejoins, nos possessions sont un poids qui nous retient.
    Toujours est-il qu’on a hate de fêter votre retour !!

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