Joyeux annivirus !


6 avril 2020 !

Un an que nous sommes partis ! 🎂🥂👌😎🚴‍♀️🚴‍♂️🥰🙏👨‍👩‍👧🎉

… et on ne sait toujours pas quand est-ce qu’on va revenir !

Nous nous quittions lors du dernier article sur la fin de notre périple italien et Sarde et notre arrivée en terre française (ou presque) : la Corse.

A part notre petit article Flash spécial, nous ne vous avons pas tout raconté.

Nous avons donc débarqué le lundi 9 mars au soir à Ajaccio. Le Corona virus était lui aussi déjà arrivé à Ajaccio depuis quelques jours, ce que nous avons appris par message de la famille. Le mardi, la cousine d’Apolline, Louisa, rentrait de l’école en bus. Le mercredi, le centre aéré était fermé, le jeudi, l’école était ouverte mais pas les transports scolaires. Le vendredi, l’école était finie pour Louisa. Perfect timing. Nous avons bien profité du week-end en allant se balader au bord de la mer et en faisant une oursinade le dimanche, une autre balade le lundi, un tour de VTT le mardi et paf ! Le confinement est annoncé.

On s’éclate en pique-nique
À l’époque où on pouvait aller se ballader…
Les oursins bien remplis, la découverte !

Derniers tours de pédales de la liberté !
Ça bricole ça bricole
Atelier cuisine
Poisson d’avril !
Atelier coiffure… au pire ça aura repoussé d’ici la fin du confinement…

Finie la rigolade. Nous sommes donc restés à la maison, avons bricolé les vélos, lavé, rangé notre matériel, cuisiné, mangé, dormi. Pour nous, c’était juste une petite pause, pas des plus désagréable, se poser un peu nous a fait du bien.

Nos impressions en cette première semaine de vacances ont été principalement sur la langue. C’est rigolo de comprendre les conversations des gens, il faut aussi reprendre conscience que les gens aussi peuvent nous comprendre. On doit vite arrêter de commenter tout ce qu’on voit et de demander à Apolline à l’autre bout du parc si elle a fait caca ou pas… Mon petit plaisir du retour a été de rentrer dans une boulangerie et, en regardant la vitrine, d’être capable de nommer et de commander facilement ce que je voulais. J’ai saisi cette opportunité pour discuter avec la boulangère, lui demander ce qu’elle avait comme pains spéciaux, et lui commander 2 baguettes farinées, un pain d’épeautre, un pain au maïs et une fougasse, le tout agrémenté d’un « merci, bonne journée, aurevoir ! » avec un parfait accent français. Je suis ressortie les bras chargés de pain et un grand sourire aux lèvres. Même pas eu besoin de pointer du doigt quoi que ce soit, de se contorsionner pour montrer ce que tu veux et de conclure par un seul et unique « merci » de la langue locale… C’était rigolo mais on est contents de retrouver un peu de facilité et de fluidité dans les échanges.
Nous arrivons en France mais aussi dans la famille, chez la sœur de Julian, les repères culturels sont vraiment les mêmes, pas besoin de faire connaissance et c’est rigolo de retrouver un peu les mêmes produits dans les placards que ceux qu’on avait l’habitude d’acheter avant.
On se refait vite à la vie normale, même si certains aspects de la vie sédentaire nous semblent absurdes :
– la quantité de choses qu’on peut accumuler dans une maison est incroyable, quand on a vécu un an avec 9 saccoches, de plus en plus de choses nous paraissent superflues, voire même encombrantes, ou pire, étouffantes !
– la logistique nous fatigue : tout est démultiplié. Le nombre de choses différentes que l’on met sur la table et le nombre d’endroits différents où les ranger, ça fait faire de nombreux aller-retour dans la cuisine, et plein de vaisselle, juste pour un repas. Nous avions l’habitude de sortir la sacoche de bouffe et la sacoche vaisselle, et tout est là. On essuie bien son bol à la fin du repas et il resservira au repas prochain. Chaque chose à sa place et chaque place a sa chose.
– Pareil pour partir se ballader : il faut penser à tout, lunettes de soleil, crème solaire, trousse de change, pique-nique, goûter, pull… etc. Nous avions toujours tout avec nous, prêts à parer à toute éventualité n’importe quand, n’importe où… on pouvait même rester dormir où on voulait… ce qui n’est pas le cas pour une excursion à la journée…

Bref, en plus des aspects pratiques, avec ce confinement nous assistons dans l’autre sens à cette distorsion du temps dont parlent de nombreux voyageurs. En effet, pendant le voyage, les journées sont tellement denses et riches en tout un tas de chose que le soir on ne sait même plus où on était le matin-même et alors au bout d’une semaine, on croit qu’il s’est écoulé un mois ! Le temps passe vite mais il est tellement riche que ce n’est pas un problème, nous ne l’avons pas laissé filé, nous ne sommes pas dans un tourbillon incontrôlable et déprimant qui nous conduit inéluctablement vers une fin triste, décevante et amère, pleine de regrets. En voyage, le temps est élastique, et nous en avons la quasi-totale maîtrise, à quelques imprévus météorologiques près. Nous choisissons d’avancer ou pas, dans nos limites physiques bien-sûr, mais nous choisissons la vitesse, les arrêts… etc. Bref, quand c’est la liberté qui rempli cet espace-temps, la satisfaction est toujours au rendez-vous.

Pour revenir à notre confinement, puisque c’est de ça dont on parle maintenant et plus de voyage, je crois que notre habitude à lâcher prise sur plein de choses nous a bien aidé. En effet, pour ces 2 premières semaines de confinement, nous avons pris ça comme ça venait, sans résister, dans l’acceptation. De toutes façons, c’est comme ça. Nous ne manquons de rien, nous n’avons pas de soucis à gérer par rapport au travail, nous n’avons pas d’obligations, pas de proches touchés par la maladie, rien qui pourraient nous affoler. Donc on prend les jours comme ils viennent, on s’amuse avec les filles, on essaie de les occuper, on fait à manger pour la smala, et on recommence le jour d’après. Ça change de rythme. On parlait de densité des journées tout à l’heure, on peut dire qu’elle a fortement diminué. Les prises de décisions aussi. Plus besoin de réfléchir trop longtemps pour savoir par où on passe, où est-ce qu’on s’arrête manger, où on trouve de l’eau et qu’est-ce qu’on mange…
On a le temps de réfléchir, mais au bout de 2 semaines, l’ennui commence à faire surface. Il manque le mouvement. Le mouvement, la clé du vivant. Si vous saviez à quelle vitesse tourne le cerveau quand les jambes tournent aussi ! J’adorais, sur mon vélo, penser à plein de choses et accrocher sur quelque chose, et en un quart d’heure arriver à une analyse complète, lucide et efficace de la situation, avec des réflexions poussées et abouties, des vraies réflexions, pas des petites idées par-ci par-là. Le temps de penser, et sans se forcer en plus ! Quelle productivité !
D’ailleurs un jour, ma réflexion a porté sur le mouvement. Le mouvement c’est la vie, c’est la base. L’absence de mouvement est le premier signe que quelque chose ne va pas. Une vache qui ne se lève pas un matin est un critère de forte inquiétude pour un agriculteur, ça sent mauvais. Et ce qu’on se rend compte, c’est que dans notre société moderne, on ne bouge plus. On se déplace, oui, mais on ne bouge plus. Ce qui est d’autant plus absurde que l’on trompe notre cerveau : « comment peut-on se déplacer sans bouger notre corps ? » c’est absolument stressant pour notre cerveau d’animal (au passage c’est aussi pour ça qu’on est stressés et agressifs en voiture). L’humain n’est pas fait pour rester immobile, nous ne sommes pas des plantes ! Le cerveau est lié au reste du corps, et il fonctionne à la même vitesse (ou à la vitesse de défilement du paysage). Le cerveau a besoin de mouvement pour bien fonctionner. On a tous médité (sans forcement le vouloir) devant un feu ou devant la mer. C’est le mouvement. On a tous les pensées qui défilent en randonnée, ou en faisant du vélo, c’est le mouvement… Et plus personne ne bouge, ça devrait nous inquiéter. Où est l’agriculteur qui nous voit ne plus bouger ? Quand va-t-il s’inquiéter ? Notre immobilisme va nous porter préjudice ! Alors certains essaient de combler ce manque de mouvement en trompant leur cerveau dans l’autre sens : ils vont courir sur des tapis roulant ! Alors le corps s’agite, mais ne permet pas le déplacement ! C’est absurde ! Arrêtons de nous prendre nous-même pour des cons !
Tout ça pour dire que l’absence de mouvement fait ralentir le cerveau aussi. Nous aurions du temps pour retranscrire toute cette ébullition mentale, c’est le moment, on a le temps, on peut écrire… et pfiou… le soufflé retombe, le cerveau n’est plus aussi vif que sur le vélo. On oublie presque tout, il manque des morceaux, bref la procrastination aura encore fait des siennes, il fallait écrire sur le moment !

Nous sommes un peu comme dans un sas de pré-retour. Nous avions créé notre bulle à tous les trois pendant le voyage. Et nous avons ici aussi notre bulle à 6 avec Estelle, David et Louisa. Tout se passe bien, mais on a l’impression soit que le voyage n’est pas fini (tout en sachant que nous n’aurons pas forcement le temps de re-rouler avant de recommencer le boulo) et en même temps, on a déjà l’impression que c’est loin derrière nous, que ce confinement est une sorte de brouillard qui nous sépare à la fois du voyage et du futur… Très bizarre comme sensation. Bien sûr nous avons hâte de retrouver tous les copains et la famille, d’embrasser tout le monde, de boire un coup et de faire les fous, mais ça arrivera en temps voulu.
En attendant, nous fêtons aujourd’hui 6 avril 2020 notre anniversaire du départ. Il y a pile un an, nous enfourchions pour la première fois nos montures chez Emeric, le frère de Julian pour aller à la gare de Bourgoin-Jallieu. Il y a un an, j’ai eu ce petit moment de doute éphémère « on est tarés »… « mon vélo est imbougeable »… qui a duré moins de 5 minutes. Maintenant j’ai la certitude que c’était un bon choix que nous ne regrettons et ne regretterons jamais.
Alors un conseil, si vous avez des projets un peu fous, profitez de ce moment pour les imaginer, les visualiser, les préparer… ils se réaliseront quand ce sera le bon moment !
Vive la vie ! Et bon anniversaire !

4 réflexions sur « Joyeux annivirus ! »

  1. Coucou Daphné ! Merci pour ce beau journal de voyage que je suis depuis un an, plein de textes savoureux et de belles photos. C’est certains que vous ne regretterez jamais cette expérience de vie ! 🙂
    Gros bisous à tous les trois !
    Freddy

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  2. C’est un looooong sas de décompression…
    Effectivement il y a parfois moins de logistique quand on est en voyage. Mais en contrepartie il n’y a pas la tente à installer et replier tous les jours !
    J’aime bien votre idée sur le mouvement qui fait avancer la réflexion
    Serait ce un des derniers articles du blog ? ça va manquer aux fans

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  3. Catherine Krupezack 17 avril 2020 — 20 h 57 min

    Merci à vous 3 ! J’ai aussi voyager en lisant vos lignes toujours très intéressantes et souvent drôles agrémentées de belles photos. C’était toujours un plaisir de vous suivre et découvrir par vos yeux tous ces pays et ses habitants ! Il faut sûrement une bonne dose de confiance voire de courage sportif pour faire ce que vous avez accompli.
    Merci encore et à bientôt !
    Catherine

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  4. Salut les copains !

    Bel article !

    Merci pour cette réflexion sur la notion d’être en mouvement sans bouger. Je n’y avais jamais réfléchis mais effectivement, c’est complètement illogique !

    Dans votre article, on sent un arrêt sur image avant un nouveau départ. C’est finalement une bonne chose ce SAS entre votre bout de vie à 6 roues avant de reprendre votre vie à 6 pieds. Que le quotidien reprend vite… c’est troublant. Mais cette expérience vous permettra de plus facilement dé-zoomer de votre quotidien pour ne garder que l’essentiel : ce qui donne du plaisir.

    Tant qu’à reprendre le quotidien, on vous attend de pieds ferme – mais mobiles ! – pour une soirée entre potes, en français, comme on les aime ! (ou en presqu’anglais pour Yannou après 4h du mat !)

    Des bisous !!!

    Alice

    PS : et j’espère qu’il y aura d’autres des articles, justement sur cette reprise !

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