Grèce – le golfe de Corinthe

Lundi 27 janvier, après plus d’un mois sans pédaler (une semaine à Antalya, une semaine à Rhodes, deux semaines en Crète et une semaine à Athènes), c’est tout guillerets que nous quittons notre logement d’Athènes pour nous rendre au port. Oui, parce qu’avant de pédaler, nous allons voguer !

Nous arrivons au guichet où Julian demande deux tickets pour Poros, une île au sud d’Athènes qui permet de rejoindre le Péloponnèse. « Non, non, ce bateau ne peut pas prendre les vélos. » Et pan ! Tout penauds, on s’assoit parterre, on ne s’y attendait pas à celle-là. Je (Daphné) vais quand même demander à un gars qui s’occupe de l’embarquement « oui oui pas de problème pour les vélos, et c’est CE bateau pour Poros » Merci !

Je retourne au guichet faire la queue pour acheter les tickets en prenant bien soin d’éviter la file qu’avait pris Julian. Ouf ! On a les tickets ! Embarquement immédiat.

Nous arrivons sans encombres à Poros où nous enchaînons avec un traversier pour rejoindre la terre ferme.

Nous reprenons tout de suite nos habitudes : pique-nique sur une aire de jeux, ça faisait longtemps !

Le ciel se couvre mais nous tardons à décoller. Il faut croire que nous attendions les premières gouttes de pluie pour se lancer. On fait quoi ? Si on attend que ça passe, on est bon pour rester là un moment… Il est encore tôt, on n’a qu’environ 30 kms à faire (objectif totalement arbitraire, rien ni personne ne nous attend …) même si on se mouille, on aura le temps d’aller se sécher dans un café avant de chercher un endroit pour bivouaquer. C’est donc sous quelques gouttes, puis sous des cordes, que nous avalons une vingtaine de kms. La pluie s’arrête en route, nous permettant de sécher (c’est vite dit, mes chaussures font splouch, splouch!).

Il pleut il mouille…

Après la pluie c’est le dénivelé qui vient tester notre motivation à rattaquer. Au bout d’un moment, Julian s’arrête, je le dépasse et remarque son teint pâlichon. « Passe-moi les pruneaux ». En effet, nous avons un beau paquet de 500 gr de pruneaux d’Agen ramené par Mamie Claudie, cadeau improbable mais qui tombe à pic. Voilà mon Julian qui enfourne sa main dans le paquet et prélève une pleine poignées de fruits secs. Quand je dis une poignée, c’est une vraie poignée, quand on connait la taille des mains de Julian, on ne peut qu’imaginer ma mine déconfite, le paquet à moitié vide à la main et la bouche bée. Bref il fallait bien ça pour finir l’étape.

On feel like Ulysse dans le Péloponnèse
L’architecture moderne fait aussi de belles colonnades
On va camper là en face

Nous arrivons dans le village visé, repérons vite fait de loin, un coin pour bivouaquer, puis allons nous poser dans un café pour sécher et nous réchauffer. Manque de pot, le poêle n’est pas allumé, le patron passera tout le temps de notre présence à essayer de l’allumer, en vain. Il ne prendra qu’au moment de notre départ, vers 18h.

Nous discutons avec un couple d’anglo-saxons présents au bar aussi. Ils voyagent en van pendant un an, mais se sont posés ici pour un petit mois, ils ont loué un appart. Malgré des messages subliminaux, ils ne nous proposent pas de nous héberger, dommage ! Ils sont impressionnés par notre voyage, eux qui pensaient faire quelque chose d’exceptionnel. Ils nous conseillent une plage tranquille pour bivouaquer, mais nous filons vers notre lieu repéré, un parking/plage sur une presqu’île avec vue sur la mer et sur le village. La nuit passe bien, on entend les petits bateaux de pêche partir vers 5h du matin. On arrive quand même à dormir jusqu’à 8h-8h30 et nous nous levons sous un soleil resplendissant. La chance nous sourit encore : 10 jours de beau temps annoncés (c’est aussi pour ça qu’on n’a pas hésité à se mouiller, on savait que ça ne durerait pas).

Réveil-soleil

Mardi 28 février

Le temps de nous préparer, nous sommes à 10h30 sur la place du village, au port, en train de remplir nos gourdes. Nous assistons au retour d’un petit bateau de pêche. Le pêcheur invite Apolline à monter voir, mais elle n’ose pas. Il descend donc nous donner une petite étoile de mer à faire sécher et à garder en souvenir, puis il lui montre une crevette avec ses grandes antennes. Il nous demande si on aime le poisson… « oui pourquoi ? » Nous repartons donc avec un sac de poissons à nous faire cuire ce soir. Trooop sympa ! Nous quittons ce petit village le sourire aux lèvres, enchantés de cette rencontre.

Whahou les beaux poissons !
Trop contente de rouler de nouveau

Nous nous enfonçons dans les terres en direction d’Epidaure, un site majeur de la Grèce antique, où la médecine moderne a quasiment vu le jour.
Nous testons l’acoustique du théâtre, tout comme une classe entière de lycéens français contraints (par une prof tyrannique) de présenter leurs bonnes résolutions 2020 à toute la classe (nous en prime). Ça nous a bien fait rire.

On entend une pièce de monnaie tomber depuis le dernier rang !

Nous continuons ensuite notre route jusqu’à Nauplie en bombardant un peu pour ne pas trop rouler de nuit.

Nous découvrons notre petit studio Airbnb (bouh ! C’est le mal!) bien douillet, mais il se fait déjà tard, je m’attelle aussitôt à la tâche pour le repas de ce soir : vider, écailler et faire cuire les poissons. Ouf, ils ont résisté à la chaleur d’une journée de vélo, bien serrés contre Apolline dans l’habitacle de la chariote car elle a absolument voulu les garder, trop fière de ce joli cadeau. (c’est là qu’on ne raconte pas que le sac plastique a coulé sur les nounours et qu’il a fallu se battre avec les chats pour qu’ils ne les mangent pas (les poissons, pas les nounours)).

Miam !

Mercredi 29, après une bonne nuit réparatrice, nous allons nous balader à Nauplie, passons devant le marché dans la vieille ville très charmante, allons prendre le fort en photo, puis filons à la plage où Ju pique une tête. Après le repas, Julian rentre à l’appart offrir une sieste à plat à Apolline et à lui-même, pendant que je vais flâner et me poser dans un café. Petite journée tranquille dans cette ville romantique, éphémère capitale de la toute jeune république de Grèce, à l’époque où Athènes n’était qu’une petite bourgade de 10.000 habitants.

Le lendemain, fini le repos, nous montons à la forteresse et gravissons les plusieurs centaines de marches pour apprécier la vue sur la ville, les montagnes et la mer turquoise. Ça vaut le détour !

Vendredi 31 janvier, nous faisons route au Nord (ce qui ne nous est arrivé qu’en Irlande et Écosse pendant ce voyage) vers Mycènes, un autre site antique (promis, après on arrête) de la plus haute importance car a donné son nom à l’époque mycénienne (bon pour le scrabble). On peut y admirer de colossaux murs cyclopéens et les monumentales tombes de Clitemnestre, Agamemnon et … Oui, maintenant que j’ai acheté L’Odyssée (version française et raccourcie), je connais tous les dieux et les héros grecs par leurs petits noms…

Ça fait grand quand-même pour un seul macabé !
Le bloc du haut fait 110 tonnes à lui seul !!!

Bref, ce site n’a rien à voir avec les autres et nous laisse bouche bée. La taille des pierres utilisées pour construire ces tombes est digne de Titans (de géants ou de Cyclopes peut-être). Nous sommes scotchés. Nous poursuivons la route et prévoyons de nous arrêter bivouaquer près de Nemée, un autre site antique, bien plus petit. Mais avant de bivouaquer, il faut aller remplir les gourdes. Qu’à cela ne tienne, nous voilà donc dans une cave, en train de déguster du vin. Nous repartons avec une bouteille de rouge bien sucré qui ne finira pas la soirée. (Rassurez-vous, ils nous ont aussi rempli les gourdes d’eau).

Nous trouvons une petite terrasse/fontaine/monuments aux morts, surplombant le village et le site antique. Le sol est recouvert d’un épais tapis de feuilles mortes. Ce soir, c’est confort ! Enfin c’est confort mais c’est pas chaud chaud. Même s’il fait très beau la journée, il n’a fait que 7° dans la tente cette nuit.

Et pendant ce temps-là dans la chariotte…
Les 5 colonnes restantes de Nemée

Samedi 1er février, après cette nuit feuillue, nous profitons d’une bonne vingtaine de kms de descente pour rejoindre la côte du Golfe de Corinthe, grande langue de mer séparant le Péloponnèse du nord de la Grèce. C’est une journée vélo à 61 kms.

Ici c’est pick-up de rigueur pour charier les sacs d’olives, il y en a de toutes les sortes !
Quand on dit qu’on longe la mer, c’est de très près !

Nous pique-niquons au bord de la mer, puis allons boire un café… enfin un cappuccino fredo pour Julian, déjà adepte du café froid, et un cappuccino normal pour moi. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris, j’ai peut-être cru qu’il y aurait moins de caféine. Bref, l’après-midi a été palpitant pour moi, au point que c’est moi qui ai demandé, tout palote dans la montée « c’est toi qui a les pruneaux ». J’ai bien les boules d’être si sensible à la caféine, car leur cappuccino fredo (avec des glaçons) sont trop bons (même qu’Apolline a pris le pli, et nous propose un café avec des glaçons quand elle joue à la dînette !)

On est passés à vélo !

J’arrive donc rincée de cette étape où j’ai le cardiaque qui a tapé plus fort que prévu. Et en plus, je n’ai pas réussi à m’endormir avant 2h du mat’… et c’est assez long dans une tente quand on se couche tous à 20h30 !

Trêve de complainte, notre spot de bivouac au bord de la mer est parfait, en plus cette nuit il fait 14°C dans la tente, au top !

Dimanche 2 février, Julian fête ses 33 ans, et j’ai complètement oublié, persuadée que c’était demain le 2. C’est pour dire qu’on est déconnectés ! Je ne regarde la montre que 2-3 fois par jour.

Aujourd’hui, on a 30 kms à faire avant 11h pour aller prendre un petit train à crémaillère qui nous emmènera dans les montagnes voir le paysage. Julian appuie comme un fada, je n’arrive pas à le suivre, je ne sais pas d’où il tire toute cette énergie mais ces jours-ci, il avance ! (…peut-être les pruneaux, allez savoir…). On a le vent dans le nez, on en chie (aucun rapport avec les pruneaux ce coup-ci) !

Heureusement sur la route, on rencontre une autre famille de cyclos ! Un couple d’autrichiens avec deux enfants de 1 an ½ et 5 ans. Elle, avec plein de bagages, lui, avec une sorte de vélo-cargo avec le petit sur un siège bébé à l’arrière et la petite sur son vélo tracté (style follow-me). La classe ! Et sans assistance électrique. Ils sont partis pour cinq mois et c’est leur 3ème jour de vélo, ils ont commencé à Patras. On leur souhaite bon voyage jusqu’en Crète… Ils ont le vent dans le dos, eux !

Nous arrivons à l’heure sur le quai du petit train, au milieu d’une nuée de gamins. Le train de 11h est complet ! Il y en a un autre à 14 h, ok ça marche, on va aller manger en attendant. Nous nous retrouvons dans une taverne au milieu d’un repas de famille de deux tablées. Le cuistot nous invite en cuisine choisir ce que nous voulons manger. Tout a l’air délicieux. Ce sera tourte au fromage en entrée puis agneau aux fonds d’artichauts à l’aneth pour moi et poulet rôti aux patates au citron pour Julian. C’était dé-li-cieux ! (le tout pour 24€ à 3 avec un pichet de vin).

Troooooop bon !

À 14h, nous embarquons à bord du petit train. Il se faufile dans les montagnes, passe d’un côté puis de l’autre d’un joli ruisseau, frôlant les arbres et rasant les falaises. Sensations garanties, c’est grandiose ! Une fois en haut, on aperçoit les montagnes enneigées et quelques personnes qui en redescendent dans leurs combi de ski mais rien de bien folichon. Le clou du spectacle c’était vraiment le train lui-même et ça valait le coup !

Nous trouvons un petit hôtel pour une bonne douche chaude, mangeons, couchons Apolline, puis continuons à planifier un peu la suite du voyage.

En effet, depuis Nauplie, nous réfléchissons un peu à la suite et commençons à penser en rétro-planning (la fin approche). Nous devons être de retour en avril, nous voulons encore passer par l’Italie et la Sardaigne, plus un stop en Corse, plus un peu de temps en France… Tout ça va vite arriver.

En gros, le choix que nous avons à faire tout de suite c’est : est-ce qu’on prend le bateau pour l’Italie depuis Patras (dans 2 jours) ou d’Igoumenitsa (dans 7-8 jours de vélo) ? Est-ce qu’on préfère squeezer en bateau la Grèce que l’Italie en bus ou train. Nous avons de la visite à Naples fin février, est-ce qu’on y sera ? Et la météo, ça donne quoi ? Et les possibilités d’hébergement ? Bref, après moult et moult remue-méninges à prendre tous les paramètres en compte, et surtout nos envies, nous allons opter pour le passage en Italie direct depuis Patras. La remontée en vélo vers Igoumenitsa sera pour une autre fois.

La route pour le nord de la Grèce sans grand intérêt, avec peu de possibilité d’hébergement et avec pour seule perspective d’aller visiter Corfou et de louer une voiture pour aller voir les Météores ne nous motive pas plus que ça. Nous préférons traverser en Italie où la météo est quasi similaire, où il y a plus de warmshowers et couchsurfing, où la barrière de la langue est moins forte (si Julian rassemble tous ses souvenirs du lycée) et où l’itinéraire est plus modulable avec des lignes de train qui vont à Naples. Et puis on ne va pas se mentir, on veut des pizzas !

Les 2 jours restants pour rejoindre Patras n’ont pas été de tout repos. Le vent de face nous fait nous sentir tout faibles, c’est presqu’humiliant ! Après la Turquie où nous avions grimpé les côtes sans problèmes, on se sentait surpuissants. Ici notre orgueil a bien été rabattu et le moral a glissé dans nos chaussettes.

Après un bivouac sur une aire de jeux au bord de la mer, nous avons rejoint Patras, acheté les tickets de bateau et embarqué dans la foulée.

Tu le sens bien le vent de face là ?

Il fallait bien ça pour arriver au port de Patras et rejoindre notre petit navire.

Une nouvelle fois la traversée s’annonce assez agitée. Ce qui est confirmé par le capitaine du bateau qui nous annonce d’emblée 4 heures de navigation en plus, à cause des mauvaises conditions climatiques en mer adriatique…

On aurait dû faire grec au collège…

2 réflexions sur « Grèce – le golfe de Corinthe »

  1. Que de monde dans cette chariotte 🙂
    Cette reprise de l’aventure à vélo fait plaisir à lire, en plus vous fourmillez de projets en voyant approcher la date du retour, effectivement il ne manque pas de belles régions à découvrir dans le coin. Mais dommage pour la Grèce, on aurait bien aimé passer un peu plus de temps avec vous !

    Aimé par 1 personne

  2. Catherine Krupezack 1 mars 2020 — 23 h 08 min

    Hello les aventuriers ! toujours aussi ravie de profiter (par correspondance snif) de vos périples en terres inconnues. Bon j’ai encore pris un peu de retard et j’ai lu 3 post d’un coup…d’accord mais j’apprends encore plus de choses d’un coup ! J’imaginais pas le mode de vie Turque de la sorte ni la profusion de mets tous aussi tentants les uns que les autres (et aussi en Grèce avec l’agneau sur fond d’artichauts hum), mais aussi vive les pruneaux d’Agen et le pinard !  ma fille me dit « c’est quand qu’on part comme ça ? » … elle envie Apolline c’est sûr ! je suis un peu comme elle ..
    Les paysages Grecques sont superbes ! et bien après les pruneaux de Mamie bientôt les pizza della Mama!
    Bon anniversaire Julian avec 1 mois de retard presque mais on dira que c’est le décalage horaire hein!
    Bises à vous 3, Cath

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